Les toiles d'araignées

Présentation générale 

 

Mise à part la construction de toiles, la soie des araignées sert à des usages variés : réalisation des cocons, emmaillotement des proies, construction d’abris (pour se cacher, muer et pondre), toile spermatiques, fils de sécurité (pour contrôler les chutes en cas de fuite), fils de support à phéromones résistants, produits par les filières. Les différentes glandes séricigènes abdominales sécrètent différents types de soie qui peuvent être diversement peignés, polis ou garnis de gouttelettes adhésives. Lorsque des brins de soie sont tranchés (portion de toile, fils détachés), cela est dû à l’action des sucs digestifs produits par les pèces buccales plutôt que par leur section. Ces sucs sont parfois utilisés pour cimenter des fils (comme dans le polissage ou le durcissent de la surface des cocons). La protéine de la soie peut être rapidement recyclée par l’araignée, ce qui est crucial pour les orbitèles aux fils adhésifs. Les toiles orbiculaires sont vite endommagées par les proies volantes et les intempéries, et les gouttelettes adhésives se dégradent au bout d’un à deux jours. La vieille toile est avalée avant qu’une nouvelle soit construite, et, si cela se produit souvent, chaque nuit ou en début de matinée, des constructions récentes peuvent être observées à tout moment de la journée quand des toiles sont endommagées. La soie des Cribellates reste plus longtemps adhésive, et dans des genres comme Amaurobius, la toile est une structure permanente qui est agrandie un peu plus chaque nuit. Nombre d’araignées tisseuses d’étuis de soie produisent des structures permanentes qui sont graduellement agrandies. Du fait que les proies tombent ou rampent sur leurs toiles, elles subissent moins de dégâts, et le moindre accroc est rafistolé.

 

Les toiles décrites ci-dessous sont des constructions de soie qui servent, à une exception près, à piéger les proies. Elles présentent une grande variété de structures et sont construites dans des situations variées ; elles permettent la capture de diverses proies – volantes, rampantes, sauteuses, grosses, petites, diurnes ou nocturnes. Chez une espèce donnée il n’y a pas deux toiles semblables, et même chez une araignée particulière, les toiles varient en fonction des caractéristiques des supports disponibles et de l’âge de la tisseuse.

Pour rechercher des toiles sur le terrain, des ustensiles sont parfois utiles. D’abord, un brumisateur (qui pulvérise de fines gouttes) est pratique pour faire ressortir les toiles fines, qui sinon peuvent passer inaperçues, et pour dévoiler toute l’étendue de la structure. Ensuite, un diapason est bien utile quand les araignées restent calées dans leurs tubes de soie ou leurs abris : en touchant la toile avec une des banches en train de vibrer, on imite l’activité d’une proie et on fait bien souvent sortir l’araignée.

 

La construction d’une toile 

 

L’araignée commence par installer un fil principal fixé aux deux extrémités, puis en plusieurs allers-retours, bâtit le cadre qui délimite la toile proprement dite. Elle place ensuite les rayons et commence à tisser la spirale interne, puis la spirale externe provisoire à spires très espacées. Reprenant alors son trajet en sens inverse, au bord vers le centre, et en produisant maintenant un fil adhésif, l’araignée tisse alors la spirale externe définitive, aux spires plus serrées. Avec ses griffes, elle termine sa construction en détruisant la spirale provisoire. Les amas de soie du moyeu sont également enlevés, et le trou est maintenu tel ou garni de soie.

 

 

Les différents types de toiles 

Les Atypus (Atypidae) creusent un trou atteignant jusqu’à 50 cm de profondeur et la garnissent de soie. Celle-ci s’étend au-dessus de la surface en formant un tube d’environ 8 cm de long, fixé à son extrémité par un fil de soie et recouvert de particules de terre. L’ensemble évoque une racine à moitié enterré et donc est difficile à repérer du premier coup d’œil, mais, quand vous en trouvez un, il est probable que d’autres existent à proximité.. Il faut que le sol soit bien drainé, léger ou sablonneux, et situé ordinairement sur des pentes à découvert orientées au sud. La partie souterraine est souvent prolongée et peut évoquer une chaussette, avec un talon et un pied. Les tubes usagés ou perturbés présentent parfois une partie aérienne complètement aplatie sur le sol. Toute proie rampante ou qui atterrit sur le tube est saisie de l’intérieur, les chélicères de l’araignée traversant la paroi du tube pour saisir et transpercer la victime. La proie meurtrie et maîtrisée est alors tirée dans le tube et l’accroc est rapiécé.

Les Eresus (Eresidae), creusent une courte galerie garnie de soie, généralement sur les pentes à bruyères exposées au sud. A la surface, une toile cribellée de soie bleuâtre, en forme de toit, s’étend d’u côté de la marge de la galerie au sol et sur la végétation environnante.

Les toiles des Amaurobius (Amaurobiidae) se rencontre souvent autour des trous des murs, des poteaux et de l’écorce des arbres. Des soies de formes irrégulières nettement bleuâtres à l’état frais, sont ajoutées chaque nuit. Les soies laineuses, du cribellum son cardées et disposées en brins simples. Pour observer l’opération, il faut inspecter les toiles la nuit avec une torche. Pour voir les araignées dans la journée, utilisez un diapason. On peut comparer ces toiles adhésives à du velcro ou au gaillet gratteron accroché aux pull-overs, la proie portant les crochets et les épines.

Les Titanoecca (Titanoecidae) produisent des toiles semblables, mais on les trouve au niveau du sol sous les pierres et parmi les feuilles ou autres débris.

Les Dictyna (Dictynidae) tissent des soies cribellées moins caractéristiques et les espèces les plus communes de ce genre se rencontrent sur leurs toiles parmi la végétation sèche ou fanée. D’autres se rencontrent sur les murs des habitations ou parmi la laisse marine. D’autres représentants de cette famille font leurs toiles sur le feuillage des arbres et des arbustes.

Les Oecobius (Oecobiidae) tissent aussi des soies cribellées, mais leurs toiles, atteignant environ 30 mm de diamètres et installées dans les bâtiments, sur des surfaces planes ou dans les coins, se caractérisent surtout par leur forme circulaire ou étoilée. L’animal se tient à la surface, sous la toile, et court extrêmement vite s’il est inquiété ou lorsqu’il capture sa proie.

Les Hyptiotes (Uloboridae) construisent une toile triangulaire. Elle est formée de quatre fils reliés par une série de brins de soie, eux-mêmes enrobés de soies cribellées, crépues. Le fil fixé à l’apex du triangle et qui permet de tendre la toile est arrimé à une brindille avoisinante. La proie qui heurte la toile est progressivement emprisonnée au fur et à mesure que l’araignée détend et ressert la structure, avant d’être fermement emmaillotée. Les Uloborus qui appartiennent à la même famille, tissent une toile orbiculaire plus ou moins horizontale et pourvue de soies adhésives pelucheuses collées aux spirales. De plus, il existe généralement une bande irrégulière de soie blanche en travers de la toile, de chaque côté du moyeu – le stabilimentum. L’araignée se place la tête en bas, au centre, dans l’alignement de ce dernier, ce qui la dissimule efficacement.

Les Segestria (Segestriidae) possèdent un abri tubulaire dans un trou de mur ou dans l’écorce des arbres, voire dans des tas de bois ou de pierres. Des fils robustes partent en rayonnant de ce trou et signalent à l’araignée la présence éventuelle de proies.

Les pholcus (Pholcidae) tissent dans les habitations, souvent dans les coins du plafond, une tAoile en trois dimensions, dressée à base de fils fins entrecroisés. 

L’araignée pend la tête en bas et, inquiétée, s’agite et tournoie rapidement. Le Psilochorus tisse aussi une toile enchevêtrée, souvent dans les caves ; avec le temps, et avec l’adjonction régulière de fils, un étui apparaît dans la toile.

Les Pisaura (Pisauridae) sont des chasseurs qui ne tissent pas de toiles comme pièges. Cependant, la toile-pouponnière bâtie par la femelle est si commune et remarquable qu’il semble judicieux d’en parler ici. Le cocon est accroché en haut de cette tente et la femelle monte la garde à l’extérieur. Plus tard, la construction héberge les juvéniles et les restes du cocon. Les Dolomedes bâtissent une toile semblable, mais sont beaucoup moins fréquentes.

Les Agelenidae construisent un abri tubulaire d’où part une collerette ou une nappe. Les Tegenaria et Agelena tissent une grande nappe parfois légèrement en forme d’entonnoir. Chez les Agelena, de nombreux fils verticaux tendus au-dessus de la nappe interceptent les proies volantes ou sauteuses. L’araignée court à la surface de sa toile, les trichobothries tarsales lui permettent « d’entendre » ses proies ou d’éventuels prédateurs avant d’être en contact avec eux. Les Coelotes disposent également d’un abri tubulaire en soie généralement entouré par une collerette de soie blanche.

Ces espèces vivant sous les pierres ou les souches, il leur serait bien difficile de tendre une toile. Occasionnellement, si le sol s’effondre soudainement sous l’abri, la collerette peut s’étendre comme une petite toile. Les Textrix exploitent des habitats très variés, et leurs toiles reflètent cette diversité. Si elles ne sont pas dérangées, elles peuvent tisser, aux angles des portes intérieures des habitations, une ample nappe en forme d’entonnoir sur un côté de leur abri. Sur le sol un peu garni de paille des granges, elles tissent un abri vertical et court, doté d’un collier en nappe symétrique autour de l’ouverture. Dans les anfractuosités des murs, la toile est bien plus petite, asymétrique, voire absente. Toute une variété de toiles sont bâties sur la végétation, mais un tube est toujours présent. Sur les grèves ou dans la pierraille, la toile peut manquer, et presque partout ailleurs l’espèce se rencontre communément en train d’errer au soleil, courant après une proie comme une lycose.

Tous les Tetragnathidae tissent une toile orbiculaire, à l’exception des Pachygnatha qui ne tissent qu’à l’état juvénile. La caractéristique principale de ces toiles réside dans le trou central. L’araignée réalise ce trou en ôtant soigneusement le nœud de soie central (formé par l’extrémité des rayons durant la construction) avec ses pièces buccales. Le diamètre du trou correspond généralement à l’envergure des troisième et quatrième paires de pattes. L’opération réalisée en quelques secondes dès que la toile est achevée, l’araignée prenant place au centre de la toile. Si on l’inquiète pendant sa tâche, le moyeu peut être laissé intact et le trou ne jamais être réalisé. Les toiles des tétragnathides, surtout des Meta, montrent donc parfois un centre non troué, mais il est bien différent de celui des aranéides. Il n’existe pas de fil d’avertissement spécial relié à l’abri, mais une araignée qui a circulé fréquemment jusqu’à sa toile peut avoir tracé un passage régulier le long d’un fil au revers d’une feuille avoisinante. Les toiles des Tetragnathidae et celle de Meta merianae sont des structures ouvertes très fines, dotées de peu de rayons et de spirales largement espacées. On les trouve généralement près de l’eau, ou du moins en terrain marécageux (lieux ombragés humides dans le cas de M. merianae) Elles sont réalisées pendant la nuit et semblent surtout piéger des moucherons et autres nématocères qui forment des essaims près de l’eau. Parfois, des juvéniles de Tetragnatha se ruent dans leurs toiles pour attraper des moucherons et des adultes attaquent de gros insectes, mais en revanche les essaims de moucherons parfois collés aux toiles des adultes ne semblent pas intéresser ces derniers outre mesure. Les chélicères des Tetragnatha, de grande taille en raison de leur emploi au cours de l’accouplement, peuvent être difficilement utilisables pour les plus petites proies. Ici, la toile semble fonctionner comme un chalut, l’ensemble étant finalement remonté, et soie protéinique et moucherons sont avalés ensemble. Les toiles de Meta segmentata et de M. mengei ont davantage de rayons et de spirales et sont relativement petites comparées à la taille des araignées.  On peut les observer en abondance presque partout où il existe des structures adéquates pour les porter. Ces araignées sont généralement observées postées au centre de leur toile, les quatre pattes postérieures en travers du trou. M. mengei se rencontre le plus souvent au printemps et en été, M. segmentata en été et en automne.

Theridiosoma (Theridiosomatidae) tisse une petite toile orbiculaire dont les rayons sont raccordés par groupes de deux ou trois avant de converger vers le centre.

L’araignée se place au centre, tournée vers l’extérieur de la toile, et maintient le fil d’attache centra tendu. Toute la toile est retroussée, rappelant un parapluie déformé par le vent.

La plupart des Theridiidae tissent une toile enchevêtrée en trois dimensions. Certaines (comme Episinus) montre une toile très restreinte, d’autres (comme Dipoena, Euryopis, Robertus) chassent en projetant un fil de soie sur leur proie ou bien comptent sur un nombre très réduit de fils placés au hasard pour être alertées par l’arrivée de proies. Certains de ces fils peuvent porter des gouttelettes collantes à leur extrémité. Les proies engluées se débattent, brisent les fixations inférieures du fil et pendent ainsi dans les airs. D’autres genres utilisent un grand nombre de ces fils poisseux, lâchement fixés au sol.

Les Araneidae bâtissent toutes des toiles orbiculaires (essentiellement verticales, rarement horizontales), généralement munies d’un fil d’avertissement robuste reliant le moyeu à un abri situé au-dessus et sur le côté. L’araignée attend dans sa retraire, une patte antérieure posée sur le fil d’avertissement.

Les espèces qui ajoutent à leur toile une bande de soie de camouflage attendent leurs proies dans le moyeu, en alignement avec la bande. Lorsque les aranéides ont achevé leur toile, elles enlèvent le nœud de fils central, comme les Tetragnathidae, mais le trou est garni d’un treillis de soies. Cercidia prominens représente une exception car elle laisse le moyeu vide ; cette espèce et Zilla diodia se tiennent au centre de leur toile sans disposer de fil d’avertissement. Les toiles des Araneus sont souvent très grandes, en relation avec la taille de l’araignée, et montrent la plupart du temps beaucoup de rayons et de spirales rapprochées. Il existe une zone libre entre le moyeu et les spirales principales, les fils de ces dernières portant des gouttelettes poisseuses.

Les Araniella tissent des toiles orbiculaires plus petites, et lorsque ces dernières sont bâties dans le creux d’une seule feuille, elles peuvent être encore plus réduites, comprenant peu de fils et évoquant difficilement une orbiculaire. Les Zygiella tissent une toile caractéristique, montrant un secteur ouvert (sans spirales) : l’araignée fait demi-tour à chaque fois qu’elle atteint cette zone. Au centre de celle-ci, un robuste fil d’avertissement est relié à l’abri. La toile de Zygiella x-notata est particulièrement facile à trouver du fait qu’elle est construite à l’extérieur des encadrements de fenêtre et qu’elle est tissée toute l’année. Un diapason fait ordinairement sortir l’occupant.

Zygiella atrica tisse une toile semblable sur la végétation, mais à la moindre alerte on peut voir l’araignée se laisser tomber de sa retraite au long d’un fil de soie. D’autres espèces tissent leur toile sur les troncs, les rochers, et il est évident alors que le secteur ouvert est utile en raison de la structure en deux dimensions du support. Zygiella atrica peut en partie ou totalement remplir cette zone de soie. Cela semble se produire surtout en automne, quand les abris renfermant les cocons sont situés plus au-dessous dans la végétation, le fils d’avertissement s’étendant alors vers l’arrière, à l’écart des spirales. 

La toile de Cyclosa conica se rencontre généralement sur le feuillage persistant, dans les sites abrités, et une bande irrégulière de soie traverse généralement la toile, l’araignée étant cachée au centre. Certaines de ces toiles, surtout dans les situations abritées, semblent se maintenir assez longtemps, l’araignée ajoutant graduellement des fragments de proies non digérés à ce stabilimentum. Les Agriope tissent une toile nettement plus grande parmi les plantes basses, dotée d’un stabilimentum en zigzag et d’un tissage plus élaboré vers le moyeu.

Les Linyphiidae tissent des nappes qui diffèrent de celles des Agelenidae par leur absence d’abri et sur lesquelles l’araignée court la tête en bas à la face inférieure. Certaines tissent des nappes minuscules au-dessus des moindres dépressions du sol. Les Tapinopa tissent, près du niveau du sol, une grande nappe qui évoque une trace de limace, et beaucoup d’autre linyphiides tissent des nappes près du sol ou dans les plantes basses.

Drapetisca socialis tisse, sur l’écorce des arbres, une toile si fine et si invisible que l’araignée semble en lévitation au-dessus de l’écorce. L’espèce chasse aussi sur l’écorce. La toile la plus commune et la plus répandue est sans doute celle de Linyphia triangularis ; en été et en automne, elle se rencontre à coup sûr sur chaque arbre et arbuste de la région. Les toiles plus grandes sont très légèrement bombées et, au-dessus de la nappe, on distingue de nombreux fils verticaux, en échafaudage. En heurtant ces fils, les proies tombent sur la toile et sont saisies par le dessous. Neriene radiata élabore une toile remarquablement bombée, avec une superstructure dense de fils fins entrecroisés.

Si la plupart du temps les occupants d’une toile en sont aussi les bâtisseurs, il existe des exceptions. En vaporisant des ajoncs ou des houx en été ou en automne, on met au jour un grand nombre de toiles différentes, très proches les unes des autres et dont les fils adjacents s’entremêlent. On se demande alors comment chaque propriétaire s’y retrouve. Parfois ceux-ci s’égarent, à l’occasion dérobent des proies dans les autres toiles, et des interactions complexes ont lieu entre espèces. Le vol de proies s’observe le plus facilement chez Theridion sisyphium, espèce fréquemment rencontrée près de Linyphia triangularis. Les fils irréguliers de la toile d’une Theridion peuvent fréquemment empiéter sur la superstructure de celle d’une Linyphia, installée au-dessous. Si la Linyphia bénéficie aussi fréquemment des proies temporairement prises dans la toile de la Theridion, et qui tombent dans sa propre nappe. La rose et minuscule Oonops pulcher s’observe souvent dans les toiles d’Amaurobius fenestralis, où elle attrape de petits insectes et se repaît des restes des plus grosses proies.

Les araignées pirates du genre Ero son spécialisées dans l’invasion délibérée et agressive des toiles des autres araignées, imitant furtivement le comportement d’une proie avant d’attaquer le propriétaire de la toile.